Simulateur de solde de tout compte en CDI : ce qu’il calcule vraiment

Quand un CDI prend fin — démission, licenciement, rupture conventionnelle — l’employeur a l’obligation de remettre un solde de tout compte. Sur le papier, c’est simple. Dans les faits, le calcul mélange indemnités légales, congés non pris, prorata de 13ème mois, préavis exécuté ou non… et la plupart des salariés signent sans vérifier. Un simulateur de solde de tout compte CDI permet de contrôler le montant avant de parapher quoi que ce soit.

Ce document a une valeur juridique forte : une fois signé, le salarié dispose de 6 mois pour le contester. Après, c’est trop tard. Autant comprendre ce que contient ce reçu — et comment s’assurer qu’il est juste.

Ce que contient un solde de tout compte CDI

Les éléments de salaire

Le solde de tout compte regroupe d’abord tout ce qui reste dû au titre du contrat de travail jusqu’à la date de départ effective :

  • Le salaire du mois en cours (calculé au prorata des jours travaillés)
  • Le paiement des heures supplémentaires non récupérées
  • Le prorata de 13ème mois ou de prime d’ancienneté si la convention collective le prévoit
  • L’indemnité compensatrice de congés payés (ICCP) pour les jours acquis mais non pris

L’ICCP est souvent la ligne la plus mal calculée. Elle correspond à 1/10ème de la rémunération brute perçue sur la période de référence — ou au maintien de salaire si c’est plus favorable. Un simulateur applique automatiquement la règle la plus avantageuse pour le salarié, ce que l’employeur n’annonce pas toujours spontanément.

Les indemnités de rupture

Le type de rupture change radicalement le montant final :

  • Licenciement : indemnité légale = 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté jusqu’à 10 ans, puis 1/3 au-delà. La convention collective peut prévoir mieux.
  • Rupture conventionnelle : même calcul minimum que le licenciement, mais négocié — donc parfois supérieur.
  • Démission : aucune indemnité de rupture, sauf cas spécifiques (démission pour suivre un conjoint muté, par exemple).
  • Fin de période d’essai : aucune indemnité si c’est l’employeur qui rompt avant 8 jours (CDI), indemnité de préavis si au-delà.

💡 Notre conseil

Avant de signer le reçu pour solde de tout compte, lancez une simulation avec votre ancienneté réelle, votre salaire brut moyen des 12 derniers mois et le nombre de jours de congés restants. La différence avec le document de l’employeur peut révéler une erreur — ou un oubli stratégique.

Comment fonctionne un simulateur de solde de tout compte

Les données à renseigner

Un bon simulateur demande au minimum :

  • La date d’entrée dans l’entreprise et la date de sortie effective
  • Le salaire brut mensuel de référence (souvent la moyenne des 3 ou 12 derniers mois)
  • Le motif de rupture (licenciement, rupture conventionnelle, démission, retraite)
  • Le nombre de jours de congés payés acquis et non pris
  • La présence ou non d’un 13ème mois ou d’une prime contractuelle
  • La convention collective applicable

Certains outils intègrent directement les barèmes des principales conventions collectives françaises — bâtiment, commerce, métallurgie, hôtellerie-restauration. D’autres restent sur le plancher légal. Vérifiez lequel s’applique à votre situation.

Ce que le simulateur calcule automatiquement

6 mois

délai légal pour contester un solde de tout compte après signature

Le simulateur effectue dans l’ordre :

  1. Calcul du salaire brut proratisé sur le mois de départ
  2. Calcul de l’ICCP selon les deux méthodes légales (1/10ème vs maintien), avec application de la plus favorable
  3. Calcul de l’indemnité de rupture selon l’ancienneté et le motif
  4. Application des charges sociales pour obtenir le net à payer
  5. Total brut et total net, avec détail ligne par ligne

✅ À retenir

Le net perçu sur le solde de tout compte n’est pas entièrement soumis aux mêmes cotisations que le salaire ordinaire. L’indemnité de licenciement, par exemple, est exonérée de cotisations sociales dans la limite de 2 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (soit environ 92 736 € en 2024). Au-delà, elle est soumise à cotisations comme un salaire.

Rupture conventionnelle vs licenciement : les écarts de montant

Comparaison sur un cas concret

Prenons un salarié avec 8 ans d’ancienneté, un salaire brut mensuel de 3 200 € et 12 jours de congés payés non pris. Voici ce que donne la simulation selon le motif de rupture :

Élément 🔴 Licenciement 🟡 Rupture conventionnelle
Indemnité de rupture 6 400 € brut (légal) 6 400 € minimum (négociable)
ICCP (12 jours) 1 775 € brut 1 775 € brut
Droit au chômage ✅ Oui ✅ Oui (après délai de carence)
Fiscalité indemnité Exonérée d’IR jusqu’au plafond Exonérée d’IR jusqu’au plafond

La démission, elle, ne génère aucune indemnité de rupture. Le solde de tout compte se limite alors au salaire proratisé et à l’ICCP — souvent entre 2 000 et 3 000 € brut dans cet exemple, contre plus de 8 000 € en cas de licenciement.

Délais de versement et recours possibles

Quand l’employeur doit payer

Le solde de tout compte doit être remis au salarié le jour de la fin du contrat, ou au plus tard lors de la remise des documents de fin de contrat (attestation Pôle Emploi, certificat de travail). En pratique, le virement intervient souvent avec la paie du dernier mois — soit quelques jours après la date de départ.

Si l’employeur tarde, le salarié peut mettre en demeure l’entreprise par lettre recommandée avec accusé de réception. Sans réponse, le Conseil de Prud’hommes peut être saisi. Les intérêts légaux courent à partir de la mise en demeure.

⚠️ À garder en tête

Signer le reçu pour solde de tout compte avec la mention « pour solde de tout compte » vaut reconnaissance du règlement intégral. Le délai de contestation tombe alors à 6 mois — contre 3 ans pour une action en paiement de salaire ordinaire. Ne signez qu’après avoir vérifié chaque ligne.

Comment contester un montant incorrect

Trois options concrètes si le montant ne correspond pas à la simulation :

  • Demander une correction amiable par écrit au service RH, en détaillant le calcul attendu ligne par ligne.
  • Saisir l’inspection du travail si l’employeur refuse — l’inspecteur peut signaler les manquements, mais ne tranche pas les litiges financiers.
  • Porter l’affaire aux Prud’hommes dans les 6 mois suivant la signature (ou 3 ans si le reçu n’a pas été signé).

Dans tous les cas, conservez vos fiches de paie des 12 derniers mois, votre contrat de travail et tout avenant. Ce sont les pièces de base pour reconstruire un calcul contradictoire. Pour aller plus loin sur la gestion de la fin d’un CDI dans le contexte d’une structure plus large, les ressources disponibles sur Entreprise couvrent aussi les obligations employeur côté fiscal et social.

Simulateur et valorisation : quand le départ touche les associés

Le solde de tout compte concerne les salariés — mais quand le salarié est aussi associé ou dirigeant, la rupture du CDI s’accompagne parfois d’une cession de parts. Dans ce cas, le calcul du solde de tout compte ne suffit pas : il faut aussi évaluer la valeur des titres. L’outil Évaluer la valeur d’une entreprise : le rôle du simulateur répond à cette question complémentaire, distincte mais souvent concomitante lors d’une séparation entre un dirigeant-salarié et sa société.

« Un salarié sur trois ne vérifie pas son solde de tout compte avant de le signer. Pourtant, les erreurs de calcul — notamment sur les congés payés et le prorata de prime — sont fréquentes et rarement corrigées spontanément. »

— Estimation d’après les données de contentieux prud’homal en France

Questions fréquentes

Le solde de tout compte est-il obligatoire en cas de démission ?

Oui, l’employeur doit remettre un reçu pour solde de tout compte quelle que soit la cause de la rupture du CDI — démission, licenciement, rupture conventionnelle ou départ à la retraite. Le document doit détailler toutes les sommes versées. En cas de démission, le montant est généralement limité au salaire proratisé et à l’indemnité compensatrice de congés payés, sans indemnité de rupture.

Combien de temps pour recevoir le solde de tout compte après la fin du contrat ?

Il n’existe pas de délai légal chiffré pour le versement, mais l’employeur doit remettre le reçu le jour du départ. En pratique, le virement arrive avec la dernière paie, soit dans les 30 jours suivant la fin du contrat. En cas de retard injustifié, le salarié peut envoyer une mise en demeure par lettre recommandée, déclenchant le cours des intérêts légaux.

Quelle différence entre l’indemnité de licenciement légale et conventionnelle ?

L’indemnité légale fixe un plancher : 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté jusqu’à 10 ans, puis 1/3 au-delà. La convention collective peut prévoir un taux plus élevé, un calcul différent ou des majorations selon l’âge ou la catégorie professionnelle. Le salarié bénéficie toujours de la règle la plus avantageuse entre les deux. Un simulateur qui intègre votre convention collective vous donnera le bon chiffre.

Peut-on négocier le montant du solde de tout compte ?

Les éléments de salaire (salaire proratisé, ICCP) ne se négocient pas — ils sont dus en totalité. En revanche, l’indemnité de rupture est négociable dans le cadre d’une rupture conventionnelle, et peut dépasser le minimum légal. Certains employeurs acceptent aussi d’inclure des primes discrétionnaires ou de renoncer au remboursement de formations dans le cadre d’une négociation globale de départ.

L’indemnité de rupture conventionnelle est-elle imposable ?

L’indemnité de rupture conventionnelle est exonérée d’impôt sur le revenu et de cotisations sociales dans la limite du plus élevé de ces deux plafonds : 2 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (environ 92 736 € en 2024) ou le montant de l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement. La fraction dépassant ce plafond est imposable comme un salaire ordinaire.