RSI Retraite : comment fonctionne le régime des indépendants ?

Le RSI — Régime Social des Indépendants — a officiellement disparu en 2018, absorbé par le régime général de la Sécurité sociale. Mais ses règles de retraite, elles, s’appliquent toujours aux millions de trimestres cotisés avant cette date, et le régime qui lui a succédé fonctionne selon une logique très proche. Artisans, commerçants, micro-entrepreneurs : comprendre comment se calcule votre pension reste indispensable.

Que vous soyez en activité ou proche de la cessation, le système comporte deux étages — retraite de base et retraite complémentaire — avec des règles de taux, de trimestres et de points qui ne ressemblent pas à celles du salarié classique. On détaille tout ici, sans jargon inutile.

Le RSI et sa disparition : ce qui a vraiment changé

Du RSI à la Sécurité sociale des indépendants

Le RSI a été créé en 2006 pour regrouper sous un même toit les anciens régimes des artisans, commerçants et industriels. L’idée était louable sur le papier : un seul interlocuteur pour les cotisations, la santé et la retraite. Dans les faits, les cafouillages informatiques des premières années ont laissé des cicatrices durables chez les indépendants — appels de cotisations erronés, remboursements mal calculés, dossiers perdus.

Depuis le 1er janvier 2018, le RSI n’existe plus. Les travailleurs indépendants relèvent désormais de la Sécurité sociale des indépendants (SSI), gérée par les caisses du régime général (Urssaf, CPAM). La retraite de base est pilotée par la CNAV (ou la MSA pour les agriculteurs), et la retraite complémentaire reste gérée par la RCI (Retraite complémentaire des indépendants), héritière directe des anciens régimes RSI.

Ce que les droits acquis avant 2018 deviennent

Pas de panique : les points et trimestres accumulés sous le RSI n’ont pas été effacés. Ils restent intégralement valables et s’additionneront à ceux cotisés après 2018 dans le nouveau régime. Pour vérifier vos droits acquis, le plus simple est de consulter votre relevé de carrière sur le site info-retraite.fr ou via votre espace personnel sur lassuranceretraite.fr. Tout l’historique y figure.

La retraite de base des indépendants : mode de calcul

Une logique en trimestres et en revenus

La retraite de base fonctionne comme pour un salarié, à un détail près : les cotisations sont assises sur le revenu professionnel net, pas sur un salaire brut. Le calcul de la pension suit cette formule :

  • Taux plein : 50 % du salaire annuel moyen (SAM), calculé sur les 25 meilleures années de revenus, plafonné au PASS (Plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 46 368 € en 2024).
  • Durée d’assurance : pour le taux plein, il faut valider entre 166 et 172 trimestres selon votre année de naissance (172 pour les générations nées à partir de 1965).
  • Coefficient de proratisation : si vous partez avant d’avoir tous vos trimestres, la pension est réduite proportionnellement.

Un indépendant qui a cotisé sur de petits revenus pendant de nombreuses années peut se retrouver avec une pension de base très modeste. C’est un problème structurel bien connu du régime. En 2023, la pension moyenne de retraite de base des anciens artisans et commerçants tournait autour de 750 € brut par mois — soit bien moins que la moyenne des salariés du privé.

Valider des trimestres quand on est indépendant

Pour valider un trimestre, un indépendant doit cotiser sur un revenu annuel d’au moins 150 fois le SMIC horaire brut. En 2024, cela représente environ 1 690 € de revenus par trimestre. Maximum 4 trimestres validables par an, peu importe le revenu — un point à ne pas oublier si vous avez une très bonne année.

Les micro-entrepreneurs cotisent aussi pour la retraite, mais leur taux de cotisation est plus faible. Résultat : un auto-entrepreneur qui génère 20 000 € de chiffre d’affaires annuel en vente de marchandises (taux 12,3 %) peut ne valider que 2 ou 3 trimestres. Ce n’est pas anodin sur 20 ans de carrière. Les enjeux de statut pour votre Entreprise ont donc un impact direct sur votre retraite future.

La retraite complémentaire des indépendants (RCI)

Un système par points hérité du RSI

La retraite complémentaire fonctionne en points. Chaque année, vos cotisations complémentaires achètent des points à la RCI. Au moment du départ, le nombre total de points est multiplié par la valeur de service du point pour obtenir votre pension complémentaire annuelle.

En 2024, la valeur du point de retraite complémentaire des indépendants est de 1,353 €. Ce chiffre évolue chaque année selon les revalorisations décidées par les gestionnaires du régime. Pour avoir une idée : un indépendant qui a accumulé 5 000 points perçoit environ 6 765 € par an de pension complémentaire, soit 564 € par mois.

Les deux classes de cotisation complémentaire

Les cotisations à la retraite complémentaire sont calculées sur deux tranches de revenus :

  • Tranche 1 : revenus jusqu’à 1 PASS (46 368 € en 2024) — taux de cotisation de 7 %.
  • Tranche 2 : revenus entre 1 et 4 PASS — taux de cotisation de 8 %.

Ces taux s’appliquent aux artisans et commerçants. Les professions libérales relevant de la CIPAV ont leur propre régime, distinct de la RCI — attention à ne pas confondre.

Partir à la retraite : âge, taux plein et décote

Les règles d’âge pour les indépendants

Les règles d’âge sont les mêmes que pour les salariés depuis la réforme de 2023. L’âge légal de départ est progressivement relevé à 64 ans pour les générations nées à partir de 1968. Avant cela, une décote s’applique si vous n’avez pas le nombre de trimestres requis : 1,25 % par trimestre manquant, jusqu’à un maximum de 25 % de réduction.

À l’inverse, partir après l’âge du taux plein (ou après 67 ans, automatiquement) ouvre droit à une surcote de 1,25 % par trimestre supplémentaire. Pour un indépendant dont la retraite de base est déjà modeste, chaque trimestre de surcote compte.

La pension de réversion pour le conjoint

Si un ancien travailleur indépendant décède, son conjoint survivant peut percevoir une pension de réversion. Pour la retraite de base, le taux est de 54 % de la pension du défunt, sous conditions de ressources. Pour la retraite complémentaire RCI, le taux monte à 60 %, sans condition de ressources.

Le conjoint doit avoir été marié avec l’assuré (le PACS et le concubinage n’ouvrent pas droit à réversion) et avoir au moins 55 ans pour en bénéficier. Un détail qui mérite d’être anticipé dans une stratégie patrimoniale familiale.

Estimer et préparer sa retraite d’indépendant

Utiliser les outils en ligne

Plusieurs outils permettent d’estimer sa future pension :

  • Mon compte retraite (info-retraite.fr) : simulation tous régimes confondus, accessible avec FranceConnect.
  • L’Assurance retraite (lassuranceretraite.fr) : consultation du relevé de carrière et simulation de départ.
  • La RCI : relevé de points complémentaires accessible dans l’espace personnel.

Ces simulations restent des estimations. Elles n’intègrent pas les futures revalorisations ni les éventuelles réformes. Mais elles donnent un ordre de grandeur fiable pour anticiper.

Racheter des trimestres ou cotiser davantage

Deux leviers existent pour améliorer sa pension. D’abord, le rachat de trimestres (versements pour la retraite, anciennement VPLR) : il permet de racheter des années d’études ou des années incomplètes, à un coût qui dépend de l’âge et des revenus. Second levier : les versements volontaires sur un PER (Plan d’épargne retraite) individuel, qui viennent s’ajouter aux pensions obligatoires et offrent un avantage fiscal à l’entrée.

Pour un indépendant dont la retraite obligatoire sera structurellement faible, le PER n’est pas un luxe — c’est souvent la seule façon de maintenir un niveau de vie acceptable après la cessation d’activité.

Questions fréquentes

Le RSI a disparu : mes droits à la retraite sont-ils toujours valables ?

Oui, intégralement. La suppression du RSI en 2018 n’a pas effacé les droits accumulés. Les trimestres validés et les points de retraite complémentaire acquis sous l’ancien régime sont conservés dans votre relevé de carrière. Ils s’ajoutent à ceux cotisés depuis 2018 sous la Sécurité sociale des indépendants (SSI). Vous pouvez vérifier l’ensemble de ces droits sur info-retraite.fr.

Quel est le montant moyen de la retraite d’un ancien travailleur indépendant ?

La pension moyenne de retraite de base des anciens artisans et commerçants tourne autour de 750 € brut par mois, bien en dessous de la moyenne des salariés du privé. En ajoutant la retraite complémentaire RCI, la pension totale reste souvent inférieure à 1 200 € pour ceux qui ont cotisé sur de faibles revenus. C’est pourquoi l’épargne complémentaire via un PER est fortement recommandée.

Comment un micro-entrepreneur valide-t-il des trimestres de retraite ?

Un micro-entrepreneur valide un trimestre en générant un revenu annuel d’au moins 150 fois le SMIC horaire brut, soit environ 1 690 € par trimestre en 2024. Comme le taux de cotisation retraite du régime micro est plus faible que celui du régime réel, un chiffre d’affaires modeste peut entraîner la validation de seulement 2 ou 3 trimestres par an, avec un impact significatif sur la pension future.

La pension de réversion s’applique-t-elle aux anciens affiliés RSI ?

Oui. Le conjoint marié d’un ancien travailleur indépendant décédé peut percevoir une réversion de 54 % de la pension de base (sous conditions de ressources) et de 60 % de la pension complémentaire RCI (sans condition de ressources). Le conjoint doit avoir au moins 55 ans et avoir été uni par le mariage — le PACS et le concubinage n’ouvrent pas ce droit.

Peut-on racheter des trimestres manquants quand on est ou a été indépendant ?

Oui, le rachat de trimestres est possible pour les travailleurs indépendants, notamment pour des années d’études supérieures ou des années de cotisation incomplète. Le coût dépend de l’âge au moment de la demande et du niveau de revenus. Plus le rachat intervient tôt dans la carrière, moins il est coûteux. La demande se fait auprès de la CNAV ou de la caisse régionale compétente.